Il était bien connu; aussi, dès qu'il se montra:

—C'est un ami du brigand, cria-t-on de tous côtés.

Mais il n'était pas homme à s'effrayer de si peu. Il en avait vu bien d'autres, pendant vingt ans qu'il avait été avoué et qu'il s'était trouvé mêlé à toutes les comédies sinistres et à tous les drames bouffons de l'argent.

Il savait comment on parle à des créanciers furieux, comment on les manie, et quelles cordes on peut faire vibrer en eux.

Du ton le plus tranquille:

—Certainement, répondit-il, j'étais l'ami intime de Favoral, et la preuve, c'est qu'il m'a traité plus amicalement que les autres. Je suis pris pour cent soixante mille francs.

Par cette seule déclaration, il conquérait les sympathies de l'assemblée. C'était un confrère en infortune, on le respecta. C'était, on le savait, un homme d'affaires habile, on se tut pour l'écouter.

Aussitôt, d'un ton bref et tranchant, il demanda à ces envahisseurs ce qu'ils venaient faire et ce qu'ils voulaient. Ignoraient-ils à quoi ils s'exposaient, en violant un domicile? Que fut-il advenu si, au lieu de parlementer bonnement, Maxence eût envoyé chercher le commissaire de police?

Était-ce à Mme Favoral ou à ses enfants, qu'ils avaient confié leurs fonds? Non. Que leur réclamaient-ils, alors? Se trouvait-il donc parmi eux de ces fins matois qui toujours essaient de se faire payer intégralement au détriment des autres?

Il suffisait de cette dernière insinuation pour rompre l'accord parfait qui avait existé jusqu'alors entre tous les créanciers. Les défiances s'éveillèrent. Des regards soupçonneux furent échangés.