Et comme la vieille marchande de journaux, sur laquelle on s'était tant apitoyé l'instant d'avant, continuait à geindre:

—Ah! ça! pourquoi seriez-vous remboursée plutôt que nous? lui dirent brutalement deux femmes. Est-ce que nos droits ne valent pas les vôtres?...

Habile à profiter des dispositions de la foule:

—Et d'ailleurs, poursuivait l'ancien avoué, qui donc en Favoral avait notre confiance? Était-ce l'homme privé? Oui, mais c'est plus encore le caissier, l'associé du Comptoir de crédit mutuel. Donc, ce Comptoir nous doit au moins des explications. Et ce n'est pas tout. Sommes-nous réellement écorchés, pour crier si fort? En somme, que savons-nous? Que Favoral est accusé de détournements, qu'on s'est présenté pour l'arrêter et qu'il s'est enfui. S'ensuit-il que notre argent soit perdu? J'espère encore que non. En l'état, que faire? Prendre toutes les mesures conservatoires que suggère la prudence et attendre que la justice fasse son œuvre...

Mais déjà, un à un, les créanciers se retiraient, et bientôt la servante encore tout effarée, referma la porte sur le dernier d'entre eux.

Alors Mme Favoral, Mlle Gilberte et Maxence entourèrent M. Chapelain, et lui serrant les mains:

—Ah! monsieur, comment vous remercier du service que vous venez de nous rendre?...

Mais l'ancien avoué ne semblait nullement enorgueilli de sa victoire.

—Ne me remerciez pas, disait-il, je n'ai fait que mon devoir, ce que tout honnête homme eût fait à ma place.

Et cependant, sous les apparences d'impassible froideur qu'il devait au long exercice de la plus désillusionnante des professions, on devinait une émotion réelle.