—Non.
—Quelle qu'elle soit, j'admets qu'elle a dû coûter à M. Favoral des sommes considérables. Mais lui a-t-elle coûté douze millions?
—Voilà précisément la remarque que faisait M. Chapelain.
—Et ce sera celle de tout homme sensé. Je sais bien que ce n'est pas de l'argent liquide que l'on détourne, et que le plus souvent, pour avoir dix mille francs, il faut en prendre trente mille. Je sais bien que pour cacher pendant des années un déficit considérable, il faut le creuser chaque jour davantage; qu'il faut recourir à des manœuvres de fonds, à des ventes, à des achats, à des virements qui ruinent. Mais, d'un autre côté, M. Favoral gagnait de l'argent, beaucoup d'argent. Il a été riche. On lui croyait des millions. Est-ce que sans cela Costeclar eût jamais demandé votre main?
—M. Chapelain prétend qu'à une certaine époque, mon père possédait au moins cinquante mille livres de rentes.
—Il en est sûr?
—Il le dit.
—C'est à s'y perdre...
Pendant plus de deux minutes, M. de Trégars demeura pensif, remuant dans son esprit toutes les éventualités imaginables, puis:
—Mais qu'importe! reprit-il. Quand j'ai appris, ce matin, le chiffre du déficit, des doutes aussitôt me sont venus. Et c'est pour cela, mon amie, que je tenais tant à vous voir, à vous parler. Il me faudrait savoir exactement ce qui s'est passé ici, hier soir...