—Mon Dieu! soupira la pauvre mère, en un tel moment, il nous abandonne, et pour qui?...

XXV

Si indulgente d'ordinaire, Mme Favoral était trop sévère, cette fois, et c'est bien injustement qu'elle accusait son fils. Elle oubliait, et quelle mère ne l'oublie, qu'il avait vingt-cinq ans, qu'il était homme, et qu'en dehors de la famille et d'elle-même, il devait avoir ses intérêts et ses passions, ses affections et ses devoirs.

Parce qu'il quittait la maison pour quelques heures, Maxence n'abandonnait assurément ni sa mère ni sa sœur. Ce n'est pas sans un débat intérieur qu'il s'était décidé à s'éloigner, et encore, en descendant l'escalier:

—Pauvre mère, pensait-il, je suis sûr que je lui cause une peine affreuse, mais comment faire autrement!...

Le grand air et le mouvement de la rue, quand il y mit le pied, interrompirent brusquement ses réflexions.

C'était, depuis que le désastre de son père était connu, la première fois qu'il affrontait le grand jour, et il en ressentait une émotion plus poignante, comme si son malheur, tout à coup, lui fût apparu sous une face nouvelle et imprévue.

Moins impérieusement appelé chez lui, à l'hôtel meublé où il demeurait, au boulevard du Temple, il serait rentré précipitamment et eût attendu la nuit pour passer inaperçu.

Dès les premiers pas, il voyait se manifester brutalement l'implacable opinion.

Quand il suivait la rue Saint-Gilles, la veille encore, cette rue où il était né, où il avait joué, enfant, en revenant de l'école, où tout le monde le connaissait, un salut amical ou un sourire l'attendait à toutes les portes.