Pourtant, il avança.
La voiture de Mlle Lucienne était prise dans la file, il était certain de la rejoindre quand bon lui semblerait, et il se trouvait dans une de ces dispositions d'esprit où toute occasion paraît bonne d'échapper à ses réflexions, où on découvre du charme au visage d'un ennemi, où on écoute avec intérêt l'inepte bavardage d'un sot.
—C'est un miracle, que de vous rencontrer ici, mon cher Maxence!... s'écria M. Costeclar, assez haut pour faire tourner la tête à plusieurs personnes.
Occuper autrui de soi, quand même et à n'importe quel prix, était la grande préoccupation de M. Costeclar.
On le devinait rien qu'à sa mise, à la cambrure de son chapeau, aux rayures éclatantes de sa chemise, à son col ridicule, à ses manchettes exagérées, à ses bottes, à ses gants, à sa canne, à tout enfin!...
—Si vous nous voyez sur nos jambes, ajouta-t-il, c'est que nous avons tenu à marcher un peu. Ordonnance du docteur, mon très-cher! Ma voiture est là-bas, tenez, derrière ces arbres; reconnaissez-vous mes pommelés?...
Et il tendait sa canne dans la direction, comme s'il se fût adressé non pas seulement à Maxence, mais à tous les gens qui passaient.
—C'est bon, va! on sait que tu as une voiture, interrompit M. Saint-Pavin.
Le directeur du Pilote financier était le vivant contraste de son compagnon.
Encore plus débraillé que M. Costeclar n'était tiré à quatre épingles, il étalait cyniquement une cravate roulée en corde sur une chemise de deux ou trois jours, une redingote toute blanche de duvet et de peluche, des bottines boueuses, bien qu'il n'eût pas plu depuis plusieurs jours, et de grandes mains rouges d'une surprenante malpropreté.