—Je te le signerai ce soir.
—Oh! alors, en avant les grands moyens! Tu me diras des nouvelles de mon numéro de dimanche.
La paix était faite, et c'est le plus amicalement du monde que ces messieurs continuèrent leur promenade le long de l'allée des piétons.
—Ainsi, disait M. Costeclar à Maxence, vous ne venez pas souvent au bois?...
—Jamais. Je n'en ai ni le temps ni les moyens...
—Eh bien! c'est un tort, interrompit M. Saint-Pavin.
Et s'arrêtant brusquement:
—Oui, c'est un tort, insista-t-il, car le spectacle est curieux et vaut la peine d'être médité. Regardez bien, monsieur Favoral, et de tous vos yeux! Regardez-moi ces voitures de toutes sortes, ces livrées, ces cavaliers, ces chevaux, ces femmes en toilettes magnifiques, tout ce luxe, tout cet étalage!... C'est ici que se dépense une bonne partie de cet argent des autres qu'on se dispute si chaudement à la Bourse. C'est ici, que moi qui suis un philosophe, je viens chercher le pourquoi d'un tas de petites infamies, le secret de filouteries inexplicables, la raison de ces ruines soudaines dont vous parlent les journaux... C'est ici que les heureux du jeu s'étalent et brillent... C'est pour s'y étaler et y briller qu'on joue... Demandez à Costeclar pourquoi il va fonder une société au capital de je ne sais combien de millions? Il vous répondra que c'est pour construire un chemin de fer. Eh bien! pas du tout. C'est pour avoir la gloire de payer cette Victoria à caisse bleue, tenez, là-bas, à la demoiselle qui s'y vautre, et qui n'est autre que Jenny Fancy. Elle n'est plus jeune, vous le voyez, ni jolie, ni gracieuse; elle est plus sotte que vous ne le sauriez imaginer... Mais elle est illustre. Elle a été la maîtresse du comte Hector de Trémorel, qui s'est suicidé, après avoir empoisonné un de ses amis et assassiné la veuve de cet ami, qu'il avait épousée...
La Victoria à caisse bleue passait.
Du haut des coussins, Mme Fancy adressa à M. Costeclar un geste amical.