Il y avait, à ce moment, près d'un mois que Maxence n'avait adressé la parole à Mlle Lucienne. Il n'osait plus. Et pour s'excuser, à ses yeux, d'une timidité dont il enrageait, ne pouvant la surmonter, il se disait: «A quoi bon!»
Entre elle et lui, l'après-midi du bois de Boulogne avait creusé un abîme.
Tourmenté de la honte imbécile d'être pauvre, il se persuadait qu'elle le méprisait de sa pauvreté.
Il s'obstinait à l'épier, c'était plus fort que lui, mais autant qu'il le pouvait, il l'évitait. Il se défendait même de prononcer son nom devant la Fortin, depuis le jour où l'estimable gérante de l'Hôtel des Folies qui pénétrait bien son secret, lui avait dit en ricanant:
—Eh bien! vous êtes encore naïf, vous!
Quand la raison reprenait le dessus:
—Je serai désespéré, pensait-il, le soir où elle ne rentrera pas, et cependant ce sera un grand bonheur pour moi, le plus grand que je puisse souhaiter!
Seulement, il était rare que la raison reprît le dessus, et son temps se passait à chercher des explications à la conduite de cette fille étrange, qui, sous sa robe de laine, avait les hauteurs d'une grande dame, explications bizarres et compliquées de ces circonstances mystérieuses comme on en voit dans les drames.
Puis, il se délectait à imaginer entre elle et lui des sujets de confidence et de rapprochement, de ces facilités comme jamais le hasard ne manque d'en fournir à la passion attentive, et de ces événements qui lui permettraient de sortir de l'ombre et de se créer des droits par quelque grand service rendu.
Mais jamais il n'avait osé souhaiter une occasion plus propice que celle qu'il venait de saisir.