Je ne me plaignais pas, j'étais déjà trop fière pour me plaindre; mais quand on me commandait quelque chose qui me semblait par trop injuste, je refusais obstinément d'obéir et alors j'étais rouée de coups.

Malgré tout, je me serais peut-être attachée à ma patronne, si elle n'eût pas eu la dégoûtante habitude de boire. Chaque semaine, régulièrement, le jour où elle reportait le linge à Paris, c'était le mercredi, elle s'enivrait.

Et alors, selon qu'avec le vin la gaieté lui montait au cerveau, ou la colère, c'étaient au retour des plaisanteries ignobles ou des scènes atroces.

Quand elle était en cet état, elle me faisait horreur. Et un mercredi, que je laissai trop voir mon dégoût, elle me frappa si rudement qu'elle me cassa le bras.

Il y avait vingt mois que j'étais chez elle.

Le mal qu'elle m'avait fait la dégrisa subitement. Elle eut peur et se mit à m'accabler de caresses, me conjurant de ne rien dire à personne. Je le lui promis et je tins fidèlement parole.

Mais il avait fallu chercher un médecin. La scène avait eu des témoins qui parlèrent. L'histoire se répandit de proche en proche, tout le long de la Seine, jusqu'à Bougival et jusqu'à Rueil.

Si bien qu'un matin, le brigadier de gendarmerie se présenta à la maison, et que je ne sais trop ce qui serait advenu, si je ne lui avais pas soutenu mordieus que c'était en tombant dans l'escalier que je m'étais fait mal.

Ce dont Maxence ne revenait pas, c'était de l'accent naturel et simple de Mlle Lucienne. Nulle emphase. A peine une apparence d'émotion. On eut juré que c'était d'une autre qu'elle disait la vie.

Elle poursuivait cependant: