—Grâce à mes dénégations obstinées, ma patronne ne fut pas inquiétée. Mais la vérité était connue, et sa réputation, qui déjà n'était pas bonne, en devint tout à fait mauvaise. On s'intéressa à moi. Les mêmes gens qui, vingt fois, sans sourciller, m'avaient vue porter des charges de linge à me rompre la poitrine, ce qui était terrible, se mirent à me plaindre prodigieusement d'avoir eu un bras cassé, ce qui n'était rien.
Cela en vint à ce point que plusieurs de nos pratiques s'entendirent pour me faire sortir d'une maison, où, disait-on, je finirais par succomber sous les mauvais traitements.
Et après beaucoup de démarches, on finit par découvrir à La Jonchère une vieille dame israélite, très-riche, veuve et sans enfants, qui consentait à se charger de moi.
J'hésitai d'abord à accepter les offres qui m'étaient faites.
Mais ayant reconnu que ma patronne, depuis qu'elle m'avait blessée, me prenait de plus en plus en aversion, je me décidai à la quitter.
C'est le jour où je fus présentée à ma nouvelle maîtresse, que je découvris que je n'avais pas de nom.
Après m'avoir longuement examinée, tournée et retournée, fait marcher et m'asseoir:
—Maintenant, me demanda-t-elle, comment t'appelles-tu?
J'ouvris de grands yeux, car en vérité, j'étais alors comme une sauvage, n'ayant pas même la plus vague notion des choses les plus simples de la vie.
—Je m'appelle la Parisienne, répondis-je.