Elle éclata de rire, ainsi qu'une autre vieille dame de ses amies, qui assistait à ma présentation, et il me souvient que mon petit orgueil s'offensait beaucoup de leur hilarité. Je croyais qu'elles se moquaient de moi.
—Ce n'est pas un nom, me dirent-elles enfin, c'est un sobriquet...
—Je n'en ai pas d'autre.
Elles parurent confondues, répétant à satiété que c'était inouï, qu'on n'avait pas idée d'une chose pareille dans la banlieue de Paris, et, séance tenante, elles se mirent à me chercher un nom.
—Où es-tu née? me demanda ma nouvelle maîtresse.
—A Louveciennes.
—Eh bien! dit l'autre, il faut l'appeler Louvecienne.
Une longue discussion s'en suivit, qui m'irritait si fort, que j'avais envie de m'enfuir, et enfin il fut convenu que je m'appellerais non pas Louvecienne, mais Lucienne,—et Lucienne je suis restée.
Il ne fut pas question de baptême, puisque ma nouvelle maîtresse était juive.
C'était une femme excellente, bien que le chagrin qu'elle avait ressenti de la perte de son mari eût quelque peu troublé ses facultés.