Puis, le siége commença. Déjà depuis une quinzaine, M. Van Klopen avait fermé ses ateliers et quitté Paris.

J'avais quelques économies, grâce à Dieu, et je les ménageais comme des naufragés ménagent leurs derniers vivres, quand, au moment où je m'y attendais le moins, un peu d'ouvrage m'arriva.

C'était un dimanche, et j'étais descendue sur le boulevard, quand plusieurs bataillons de la garde nationale vinrent à passer.

Debout sur le bord du trottoir, je les regardais défiler, lorsque tout à coup, je vis une des cantinières qui marchaient derrière la musique s'arrêter et accourir vers moi, les bras ouverts...

C'était mon ancienne amie des Batignolles, qui m'avait reconnue.

Elle se jeta à mon cou, et comme immédiatement nous étions devenues le centre d'un groupe de cinq cents badauds:

—Il faut que je te parle, me dit-elle. Si tu demeures aux environs, allons chez toi. Tant pis pour le service!

Je l'amenai ici, et aussitôt elle se mit à s'excuser en pleurant de sa conduite passée, me suppliant de lui rendre mon amitié. Comme je l'avais prévu, il y avait longtemps qu'elle avait oublié le calicot, cause de notre rupture, et c'est avec le dernier mépris qu'elle en parlait. En ce moment, elle aimait pour tout de bon, déclarait-elle, un tapissier-décorateur qui était capitaine de la garde nationale. C'était à lui qu'elle devait d'être cantinière, et elle m'offrait une situation pareille, si le cœur m'en disait.

Mais le cœur ne m'en disait pas. Et comme cependant, je me plaignais de ne pouvoir trouver de travail, elle me jura qu'elle m'en aurait, par son capitaine, qui était un homme très-influent.

Par lui, en effet, j'obtins quelques douzaines de vareuses. C'était assurément fort mal payé, mais le peu que je gagnais était toujours autant de moins à prendre sur mes pauvres ressources.