C'est d'ailleurs avec une infernale perfidie que la dénonciation nous confondait, mon amie et moi, attribuant à l'une les actes de l'autre, m'imputant à moi tout ce qu'elle avait pu faire de criminel.

Et les provisions qu'elle m'avait apportées, et sa présence chez moi après la lutte, donnaient à la calomnie toutes les apparences de la vérité.

On m'a conté qu'en ces heures sinistres, des lâches immondes se trouvèrent, qui profitant de l'effarement des esprits, essayèrent d'assouvir leurs haines et de se défaire de leurs ennemis. J'ai ouï dire que la police fut surprise par un tel débordement de dénonciations, que le cœur lui en leva, et qu'elle fut obligée de menacer les délateurs de les rechercher et de les poursuivre.

Isolée comme je l'étais, sans ressources, je devais périr et je périssais, certainement, sans le dévouement de mon ami l'officier de paix, sans sa situation particulière surtout, qui lui ouvrit immédiatement la porte de tous les bureaux et du cabinet même de mes juges.

Il réussit à démontrer que j'étais victime d'une ténébreuse intrigue, que je n'étais pas restée un seul jour hors de chez moi, que j'étais innocente, enfin, de tout ce dont on m'accusait.

Et après quarante-huit heures de détention, qui me parurent un siècle, je fus remise en liberté...

A la porte, je trouvai l'homme qui venait de me sauver.

Il m'attendait, mais il ne me permit pas de lui exprimer la reconnaissance dont mon cœur débordait.

—Vous me remercierez, interrompit-il brusquement, quand je l'aurai mérité. Je n'ai rien fait pour vous, que n'eût fait, à ma place, le premier honnête homme venu. Ce que je veux, c'est découvrir quels intérêts vous menacez, sans vous en douter, et qui doivent être considérables, si j'en juge par la passion et la ténacité qu'on met à vous poursuivre. Ce que je prétends, c'est mettre la main sur les lâches gredins que vous gênez si fort...

Je secouai la tête.