—Vous ne réussirez pas, lui dis-je.
—Qui sait! J'ai fait, dans ma vie, plus difficile que cela, et plus fort!...
Et tirant à demi de sa poche, et me montrant un large pli:
—Ceci, me dit-il, est la dénonciation sur laquelle vous avez été arrêtée. J'ai obtenu qu'on me la confiât. J'en ai attentivement étudié l'écriture, et je me suis assuré qu'elle n'est pas contrefaite. C'est un élément, cela. C'est le moyen, toujours à ma portée, de vérifier mes soupçons, le jour où il m'en viendra. Patience! Nous avons du temps devant nous...
C'est l'avenue de Paris que nous suivions, en causant ainsi, car il me conduisait au chemin de fer.
—Nous allons nous quitter, continuait-il, mais avant, écoutez mes instructions et tâchez de ne vous en point écarter.
Vous allez rentrer à Paris et reprendre vos occupations ordinaires. Répondez vaguement aux questions qui vous seront adressées, et surtout, ne parlez pas de moi. Il faut continuer à habiter l'Hôtel des Folies. Il est dans mon quartier, d'abord, dans ma sphère d'action, ce qui est très-important, et de plus les propriétaires se sont mis dans le cas de n'oser pas me désobéir quand je leur commanderai quelque chose. A moins d'un incident imprévu et grave, ne venez jamais à mon bureau; notre succès serait fort aventuré si on soupçonnait l'intérêt que je vous porte.
Après ce dernier échec, vos ennemis vont, j'imagine, se tenir en repos quelques jours, mais ils ne tarderont pas, j'en suis sûr, à chercher une occasion meilleure et à vous faire épier. Soyez sur vos gardes, guettez du coin de l'oeil, et si vous surprenez quelque chose de suspect, n'en laissez rien paraître, mais écrivez-moi. Je vais, de mon côté, organiser autour de vous une surveillance occulte. Si je parviens à empoigner un des gredins chargés de vous observer, l'affaire est dans le sac, car il faudra bien qu'il me dise qui le paye...
Nous arrivions à la gare.
—Et maintenant, ajouta cet honnête homme, assez causé! Au revoir, et bon courage...