Malheureusement, il n'avait pas songé à m'offrir un peu d'argent, je n'avais pas osé lui en demander; il me restait huit sous en poche, et je ne savais que trop que je ne trouverais rien chez moi. C'est donc à pied que je rentrai à Paris.

La Fortin me reçut à bras ouverts. Avec moi lui revenait l'espoir d'une créance de cent et quelques francs dont elle avait déjà fait son deuil.

Elle avait d'ailleurs à m'annoncer la meilleure des nouvelles.

Un des garçons de magasin de M. Van Klopen était venu, en mon absence, me prier de passer à l'atelier. Si fatiguée que je fusse de la route que je venais de faire, j'y courus.

Je trouvai M. Van Klopen fort triste. Il était de retour depuis l'avant-veille, et déjà criait misère. Plus de bals, plus de fêtes, plus d'assauts d'élégance au bois. C'était la fin du monde, déclarait-il. Et pour comble, ses principales clientes, ses préférées, celles qui lui devaient le plus d'argent, étaient toutes absentes, et les quelques maris chez lesquels il s'était présenté, sa facture à la main, l'avaient mis à la porte.

Il était cependant résolu à lutter, me dit-il, et il voulait m'employer, non plus comme ouvrière, mais comme essayeuse, aux appointements de cent vingt francs par mois.

Je n'étais pas dans une situation à consulter mes goûts. C'était à prendre ou à laisser; je pris, et essayeuse je suis encore.

Chaque matin, en arrivant à l'atelier, je quitte le costume modeste que vous me voyez, et je revêts une sorte de livrée qui appartient à M. Van Klopen: d'amples jupons et une robe de soie noire.

Je n'ai plus alors qu'à m'asseoir et à attendre.

Une cliente se présente-t-elle, qui désire un pardessus, un manteau, «une confection» quelconque: