Je n'étais pas au bout de mes peines.
Mais depuis qu'il était question du sieur Van Klopen, Maxence croyait voir se démentir l'assurance hautaine de Mlle Lucienne et son imperturbable sang-froid.
Geste, attitude, regard, tout en elle trahissait l'embarras d'une situation qu'on juge ridicule, et la confusion d'un aveu qui peut prêter à la raillerie.
Moitié souriant, d'un sourire un peu forcé, et moitié attristée:
—Mais est-il bien sensé, poursuivit-elle, après les épreuves atroces de ma première jeunesse, de tant prendre au sérieux mes contrariétés actuelles!... J'ai un emploi, des vêtements, un abri, du pain... Pourquoi me plaindre!... Et cependant, il me semble qu'aux heures sombres de ma vie, lorsque j'avais froid et que j'avais faim, je souffrais moins, en mon corps, que je ne souffre maintenant en mon âme, de certains froissements de mon amour-propre... Du moins, ce n'était pas la même souffrance...
C'est avec la plus extrême surprise, que Maxence la considérait.
Elle rougissait, sa voix se troublait, elle hésitait, elle cherchait ses mots...
Jusqu'à ce qu'enfin, secouant la tête, comme quelqu'un qui s'encourage:
—Décidément, c'est trop niais, reprit-elle. On ne doit rougir que de ce qui est honteux. Il n'y a rien d'humiliant à être pauvre, et à faire ce qu'on peut pour vivre.
Ce que je faisais chez Van Klopen m'était excessivement pénible, et, cependant, il ne tarda pas à me demander quelque chose de plus pénible encore.