Avec l'admirable instinct des égoïstes, M. Favoral comprit si bien ce qui se passait dans l'esprit de sa femme, qu'il n'osa pas trop se plaindre de ce que coûtait le petit garçon. Il prit son parti en brave. Et même, lorsque, quatre ans plus tard, une fille, Gilberte, lui naquit, au lieu de gémir:
—Bast! dit-il, le bon Dieu bénit les grandes familles.
VI
Mais à cette époque, déjà, la situation de Vincent Favoral s'était singulièrement modifiée.
La révolution de 1848 venait d'éclater. La fabrique du faubourg Saint-Antoine, ou il était employé, fut obligée de fermer ses portes.
Un soir, en rentrant pour dîner à l'heure accoutumée, il annonça qu'il venait d'être congédié.
Mme Favoral frémit à l'idée des déboires que cette funeste nouvelle semblait lui présager.
—Qu'allons-nous devenir? murmura-t-elle, imaginant ce que pourrait être son mari, privé de ses appointements et désœuvré.
Il haussa les épaules. Visiblement il était excité, ses pommettes étaient rouges, ses yeux brillaient.
—Bast! fit-il, nous ne mourrons pas de faim pour cela.