Il ne la laissa pas poursuivre.

—Me prends-tu pour un bambin! s'écria-t-il, ou te fais-je l'effet d'un monsieur si facile à duper! Occupe-toi d'économiser dans ton ménage, et ne te mêle pas de ma conduite...

Et il continua, et ses opérations devaient être heureuses, car jamais il n'avait été si facile à vivre. Toutes ses allures changeaient. Il s'était fait faire des vêtements par un bon tailleur, on eût dit qu'il avait des prétentions à l'élégance. Il abandonna la pipe et s'accoutuma à ne fumer que des cigares. Il s'ennuya de donner chaque matin l'argent du ménage et prit l'habitude de le remettre toutes les semaines, le dimanche. Marque de confiance énorme, ainsi qu'il le fit remarquer à sa femme. Aussi la première fois:

—Prends bien garde, lui dit-il, de te trouver sans un centime dès jeudi.

Il devenait aussi plus communicatif. Souvent, pendant le dîner, il racontait ce qu'il avait entendu pendant la journée, des anecdotes, des cancans. Il énumérait les personnes avec lesquelles il avait causé. Il nommait quantité de gens qu'il appelait ses amis, et dont Mme Favoral gardait soigneusement les noms dans sa mémoire.

Il en était un surtout qui semblait lui inspirer un profond respect, une admiration sans bornes, et sur le compte duquel il ne tarissait pas. C'était, disait-il, un homme de son âge, M. de Thaller, le baron de Thaller...

—Celui-là, répétait-il, est véritablement fort, il a des idées, il est riche, il ira loin; ce serait un grand bonheur s'il voulait s'occuper de moi...

Jusqu'à ce qu'enfin, un jour:

—Tes parents ont été fort riches autrefois? demanda-t-il à sa femme.

—Je l'ai entendu dire, répondit-elle.