—Et toi, demanda-t-il, quelle robe mettras-tu?
—J'ai ma robe de soie noire...
Il l'arrêta.
—C'est-à-dire que tu n'en as pas, fit-il. Très-bien. Tu vas aller aujourd'hui même t'en acheter une très-belle, magnifique et tu la donneras à faire à une grande couturière... Et par la même occasion, tu achèteras des petits costumes pour Maxence et pour Gilberte... Voici un billet de mille francs...
Décidément abasourdie:
—Qui donc veux-tu inviter? interrogea-t-elle.
—Le baron et la baronne de Thaller, répondit-il avec une emphase pleine de conviction. Ainsi tâche de te distinguer. Il y va de notre fortune...
VII
Qu'un intérêt considérable s'attachât à ce dîner, c'est ce dont Mme Favoral ne douta pas, lorsqu'elle vit les jours se succéder sans que la fabuleuse libéralité de son mari se démentît un instant.
Dix fois par après-midi, il rentrait pour apprendre à sa femme le nom d'un mets qu'on avait prononcé devant lui, ou pour la consulter au sujet de quelque victuaille exotique qu'il venait d'apercevoir à la vitrine d'un marchand de comestibles. Sans cesse, il rapportait des vins de crûs fantastiques, de ces vins que les négociants fabriquent à l'usage des niais, et qu'ils vendent dans des bouteilles singulières, préalablement enduites d'une poussière séculaire et de toile d'araignée.