Vêtue avec une magnificence d'un goût au moins contestable, très-décolletée, portant de gros diamants aux oreilles et des bagues à tous les doigts, la jeune baronne était insolemment belle, d'une beauté provoquante jusqu'à la brutalité. Avec des cheveux d'un noir bleu, tordus sur la nuque en lourdes boucles, elle avait la peau d'une blancheur nacrée, des lèvres plus rouges que le sang et de grands yeux qui jetaient des flammes entre leurs longs cils, recourbés. C'était la poésie de la chair, on ne pouvait se tenir d'admirer. Parlait-elle, par exemple, ou faisait-elle un mouvement, l'admiration tombait. La voix était vulgaire, le geste commun. Si M. Jottras risquait un mot à double sens, elle se renversait sur sa chaise pour rire, tendant le cou et avançant la gorge...
Tout à ses convives, M. Favoral ne remarquait rien.
Il ne songeait qu'à charger les assiettes et à remplir les verres, se plaignant qu'on ne mangeât pas, qu'on ne bût rien, demandant avec inquiétude si ce qu'on servait n'était pas bon, si son vin était mauvais, tourmentant le garçon qui servait jusqu'à lui faire perdre la tête.
Il est sûr que ni M. de Thaller ni M. Jottras n'avaient grand appétit.
Mais M. Saint-Pavin officiait pour tous, et rien qu'à lui tenir tête et à lui faire raison, M. Favoral s'animait visiblement.
Il avait la joue fort enluminée, quand, ayant versé à la ronde du vin de Champagne, il leva son verre couronné de mousse, en s'écriant:
—Je bois au succès de l'affaire!
—Au succès de l'affaire! répondirent les autres en trinquant...
Et quelques moments après, on passa au salon pour prendre le café.
Ce toast n'avait pas été sans inquiéter Mme Favoral. Mais il lui fut impossible d'adresser une question, tant vivement elle fut entreprise par Mme de Thaller, laquelle l'entraîna près d'elle sur le canapé, sous prétexte que deux femmes ont toujours des secrets à échanger, alors même qu'elles se voient pour la première fois.