La jeune baronne était de première force sur les articles mode et toilette, et c'est avec une volubilité étourdissante qu'elle demandait à Mme Favoral le nom de sa couturière et de sa modiste, et à quel joaillier elle donnait ses diamants à remonter.
Cela ressemblait si bien à une plaisanterie, que la pauvre ménagère de la rue Saint-Gilles ne pouvait s'empêcher de sourire, tout en répondant qu'elle n'avait pas de couturière et que n'ayant pas de diamants, un joaillier lui était complétement inutile.
L'autre déclarait n'en pouvoir revenir. Pas de diamants! c'est un malheur qui dépasse tout! Et vite, elle en prenait texte, charitablement, pour énumérer les parures de son écrin, les dentelles de ses tiroirs et les robes de ses armoires. D'abord, il lui eût été impossible, elle le jurait, de vivre avec un mari avare ou pauvre. Le sien venait de lui faire présent d'un coupé capitonné de satin jaune qui était un bijou. Et certes, elle l'employait, adorant le mouvement. Elle passait ses journées à courir les magasins et à se promener au bois. Tous les soirs elle avait, à son choix, le spectacle et le bal, l'un et l'autre souvent. Les théâtres de genre étaient ceux qu'elle préférait. Assurément l'Opéra et les Italiens sont bien plus distingués, mais elle ne pouvait se tenir d'y bâiller...
Puis, elle voulait embrasser les enfants, et il fallait aller lui chercher Maxence et Gilberte. Elle adorait les enfants, protestait-elle, c'était son faible, sa passion. Elle avait, elle-même, une petite-fille de dix-huit mois, nommé Césarine, dont elle raffolait; et que certainement elle eût amenée, et elle n'eût pas craint de gêner...
Tout ce verbiage bruissait comme un murmure confus aux oreilles de Mme Favoral. «Oui, non,» répondait-elle, sans trop savoir à quoi elle répondait.
Le cœur serré d'une appréhension vague, elle n'avait pas trop de toute son attention pour observer son mari et ses hôtes.
Debout près de la cheminée, le cigare aux dents, ils causaient avec une certaine animation, mais à voix trop basse pour qu'elle pût bien saisir. C'est seulement lorsque M. Saint-Pavin prenait la parole, qu'elle entendait qu'il s'agissait toujours de l'affaire, car il ne parlait que d'articles à publier, d'actions à lancer, de dividendes à distribuer et de bénéfices certains à recueillir.
Tous d'ailleurs paraissaient admirablement d'accord, et à un moment elle vit son mari et M. de Thaller se frapper dans la main, comme on fait quand on échange une parole.
Onze heures sonnèrent.
M. Favoral prétendait obliger ses hôtes à accepter encore une tasse de thé ou un verre de punch, mais M. de Thaller déclara qu'il avait à travailler, et que sa voiture étant arrivée, il allait partir.