Un peu rassurée déjà par la lecture de cet article, Mme Favoral le fut tout à fait lorsqu'elle lut la liste des membres du conseil de surveillance. Presque tous étaient titrés et décorés de quantité d'ordres, et les autres, les simples roturiers, étaient tous des banquiers, des dignitaires ou même d'anciens ministres.

—Je me trompais, pensa-t-elle, subissant l'ascendant de la chose imprimée.

Et nulle objection ne lui vint, quand à peu de jours de là, son mari lui dit:

—J'ai la situation que je désirais, Je suis caissier principal de la Société dont M. de Thaller est le directeur.

Ce fut, d'ailleurs, tout. De ce qu'était cette société, des avantages qu'elle lui faisait, pas un mot.

A sa façon de s'exprimer seulement, Mme Favoral jugea qu'il devait être bien traité, et il la confirma dans cette opinion en lui accordant, de son propre mouvement, quelques francs de plus pour la dépense journalière de la maison.

—Il faut, déclara-t-il, en cette occasion mémorable, savoir, quoi qu'il en coûte, faire honneur à sa position sociale.

Pour la première fois de sa vie, il semblait préoccupé du qu'en dira-t-on, et soucieux de l'opinion qu'on aurait de lui, dans un quartier où l'opinion est d'autant plus influente que tout le monde s'y connaît. Il recommanda à sa femme de veiller soigneusement à sa mise et à celle des enfants, et reprit une servante. Il voulut se créer des relations et inaugura ses dîners du samedi, où vinrent assidûment M. et Mme Desclavettes d'abord, M. Chapelain l'avoué, le papa Desormeaux et quelques autres.

Pour lui, il adopta peu à peu les habitudes dont il ne devait plus se départir, et dont la régularité chronométrique lui valut le surnom dont il était fier, de Bureau-Exactitude.

Quant au reste, jamais homme, à un pareil degré, ne se désintéressa de sa femme et de ses enfants.