Ce fut le temps le plus heureux de sa vie, une halte le long de cette voie douloureuse où elle se traînait depuis tant d'années. Les heures, entre ses deux enfants, s'envolaient légères et rapides comme des secondes. Si toutes les espérances de la jeune fille et de la femme avaient été flétries avant d'éclore, les joies de la mère, du moins, ne lui manqueraient pas.
C'est que si le présent suffisait à ses modestes ambitions, l'avenir avait cessé de l'inquiéter.
Jamais il n'avait été question entre elle et son mari de leurs hôtes d'une soirée, jamais il ne lui parlait du Comptoir de crédit mutuel, mais il n'avait pas été sans laisser échapper de ci et de là quelques exclamations qu'elle enregistrait précieusement, et qui trahissaient des affaires prospères.
—Ce Thaller est un rude mâtin! s'écriait-il, et qui a une chance infernale!
Et d'autres fois:
—Encore deux ou trois opérations comme celle que nous venons de réussir, et nous pourrons fermer boutique!...
Que conclure de là, sinon qu'il marchait à grands pas vers cette fortune, objet de toutes ses convoitises.
Déjà, dans le quartier, il avait cette réputation qui est le commencement de la richesse, d'être très-riche. On l'admirait de tenir sa maison avec une économie sévère, car on estime toujours un homme qui a de l'argent de ne le point dépenser.
—Ce n'est pas lui, bien sûr, qui mangera ce qu'il a, répétaient les voisins.
Les gens qu'il recevait le samedi le croyaient plus qu'à l'aise. Quand M. Desclavettes et M. Chapelain s'étaient bien plaints, l'un de sa boutique et l'autre de son étude, ils ne manquaient pas d'ajouter: