Il en vint à prendre au pied de la lettre ce que lui avait dit sa mère et à se prouver que se priver d'un plaisir c'était l'en priver elle-même. Il demanda dix francs un jour, puis dix francs encore, il reprit ses habitudes...

Il touchait alors à la fin de ses études.

—Voilà le moment venu, disait M. Favoral, de choisir une carrière et de se suffire à soi-même.

X

Pour s'inquiéter d'une profession, Maxence Favoral n'avait pas attendu les avertissements paternels.

Les écoliers modernes sont précoces, ils savent le fort et le faible de la vie, et quand ils abordent le baccalauréat, ils sont bien désenchantés déjà, ayant usé leurs illusions derrière leur pupitre, pendant les longues études du soir.

Et il serait difficile qu'il en fût autrement. Au fond des lycées, fatalement se retrouve l'écho des préoccupations et le reflet des mœurs du moment. Il n'y a ni murailles ni surveillants qui tiennent. En même temps que la boue de la ville, dont leurs souliers sont maculés, les élèves rapportent, les soirs de sortie, leur provision d'observations et de faits.

Qu'ont-ils vu, pendant la journée, dans leur famille ou chez leur correspondant?

Des convoitises ardentes, d'insatiables appétits de luxe, de bien-être, de jouissances, de plaisirs, le dédain des labeurs patients, le mépris des convictions austères, d'âpres besoins d'argent, la volonté de parvenir à tout prix et la résolution de violenter la fortune à la première bonne occasion.

Assurément on a dissimulé devant eux, mais ils ont l'entendement subtil.