Mais M. Desormeaux ne mâchait jamais son opinion:

—Savez-vous, ami Vincent, dit-il, qu'il faut un fier estomac pour accepter à dîner dans une maison dont le maître passe son temps à supputer ce que coûte chaque bouchée que mâchent les convives!

M. Favoral rougit.

—Ce n'est pas la dépense que je déplore, répondit-il, mais la duplicité. Je suis assez riche, Dieu merci! pour n'être pas réduit à liarder. C'est avec bien du plaisir que je donnerais à ma femme le double de ce qu'elle me prend, si elle me le demandait franchement.

Mais c'était une leçon.

Il dissimula, désormais, et ne parut plus occupé qu'à soumettre son fils à un régime de son invention et dont la rigueur excessive eût jeté hors de ses gonds le garçon le plus froid.

Il exigea de lui des attestations quotidiennes de son assiduité tant à l'École de Droit qu'à l'étude. Il lui traça l'itinéraire de ses courses et lui en mesura la durée à quelques minutes près. Aussitôt après le dîner, il le renfermait à double tour dans sa chambre et ne manquait jamais, en rentrant à dix heures, de s'assurer de sa présence.

C'étaient les meilleures mesures qu'il pût prendre pour exalter encore l'aveugle tendresse de Mme Favoral.

En apprenant que Maxence avait une maîtresse, elle avait été rudement atteinte en ses sentiments les plus chers. Ce n'est jamais sans une secrète jalousie qu'une mère découvre qu'une femme lui a ravi le cœur de son fils. Elle n'avait pas été sans lui garder une certaine rancune de désordres que dans sa candeur elle n'avait pas soupçonnés.

Elle lui pardonna tout, quand elle vit de quel traitement il était l'objet.