Elle les lui donnait. Elle lui en donna tant qu'elle en eut, non sans lui représenter timidement que Gilberte et elle gagnaient bien peu...
Jusqu'à ce qu'enfin, un soir, à une dernière demande:
—Hélas! répondit-elle désespérée, je n'ai plus rien, et c'est seulement lundi que nous reporterons notre ouvrage. Ne pourrais-tu pas patienter jusque-là!...
Il ne pouvait pas patienter. On l'attendait pour une partie. Les dévouements aveugles font les égoïsmes féroces. Il voulait que sa mère descendît emprunter à un fournisseur. Elle hésitait. Il éleva la voix.
Alors Mlle Gilberte parut.
—N'aurais-tu donc pas de cœur, décidément, dit-elle... Il me semble que si j'étais homme, ce ne serait pas à ma mère et à ma sœur de travailler!...
XII
Gilberte Favoral venait d'avoir dix-huit ans.
Assez grande, svelte, chacun de ses mouvements trahissait les admirables proportions de sa taille et avait cette grâce qui résulte de l'harmonieux ensemble de la souplesse et de la force. Elle ne frappait pas au premier abord, mais bientôt un charme pénétrant et indéfinissable se dégageait de toute sa personne, et on ne savait qu'admirer le plus des exquises perfections de son corsage, des rondeurs divines de son col, de sa démarche aérienne ou de l'ingénuité placide de ses attitudes.
On ne pouvait la dire belle, en ce sens que la régularité manquait à ses traits, mais sa physionomie mobile, où se traduisaient tous les mouvements de son âme, avait d'irrésistibles séductions.