Ces grands yeux, d'un bleu changeant, à reflets de velours, avaient des profondeurs inouïes et une incroyable intensité d'expression, l'imperceptible tressaillement de ses narines roses révélait une indomptable fierté, et le sourire errant sur ses lèvres disait son immense dédain de tout ce qui est petit et mesquin.

Mais sa beauté, c'était sa chevelure, d'un blond si lumineux qu'on l'eût dite poudrée d'une poussière de diamant; si épaisse et si longue que pour la tordre et la contenir il lui en fallait couper de grosses mèches jusqu'à la racine...

Seule, dans la maison, elle ne tremblait pas à la voix de son père.

Le savant despotisme qui avait dompté Mme Favoral, l'avait révoltée et son énergie s'était trempée au même régime d'oppression qui avait énervé le caractère de Maxence.

Pendant que sa mère et son frère mentaient avec cette impudeur tranquille de l'esclave dont la seule arme est la duplicité, Gilberte gardait un silence farouche. Et si la complicité lui était imposée par les circonstances, s'il lui fallait soutenir le mensonge, chaque parole lui coûtait un si pénible effort que son visage en était tout altéré.

Jamais, lorsqu'il ne s'était agi que d'elle, jamais elle n'avait daigné mentir.

Intrépidement, et quoi qu'il en pût résulter:

—Voilà ce qui est, disait-elle.

Aussi, M. Favoral ne pouvait-il s'empêcher de la respecter, jusqu'à un certain point, et quand il était en belle humeur, il l'appelait l'impératrice Gilberte.

Pour elle seule, il avait quelque déférence et des attentions. Il modérait, quand elle le regardait, la brutalité de son langage. Il lui apportait quelques fleurs tous les samedis.