Il lui avait même accordé un professeur de piano, lui qui déclarait qu'il n'est pour les femmes que deux talents d'agrément: la couture et la cuisine.
Mais elle avait tant insisté, qu'il avait fini par lui découvrir dans une mansarde de la rue du Pas-de-la-Mule, un vieux maître Italien, le signor Gismondo Pulci, sorte de génie méconnu, pour qui trente francs par mois furent une fortune, et qui s'éprit pour son élève d'une sorte de fanatisme religieux.
Pour elle, lui qui n'avait jamais voulu écrire une note, il fixa toutes les mélodies que chantait la passion dans son cerveau fêlé, et il s'en trouva d'admirables. Il rêvait de composer pour elle un opéra qui transmettrait aux générations les plus reculées le nom de Gismondo Pulci.
—La signora Gilberte est la déesse de la musique elle-même, disait-il à M. Favoral, avec des transports d'enthousiasme qui augmentaient encore son affreux accent.
Le caissier du Comptoir de crédit mutuel haussait les épaules, répondant qu'il n'est pas d'harmonie pour un homme qui passe ses journées à faire chanter aux pièces d'or leur émouvante chanson.
Ce qui n'empêche que sa vanité semblait se délecter, quand, le samedi, après le dîner, Mlle Gilberte se mettait au piano; quand Mme Desclavettes, tout en dissimulant un bâillement, s'écriait:
—Ah! cette chère enfant jouit d'un remarquable talent.
Donc, l'influence de la jeune fille était positive, et c'est à ses prières seules, et non à celles de sa femme, que M. Favoral avait accordé à diverses reprises la grâce de Maxence.
Il lui eût accordé bien autre chose, si elle l'eût voulu. Mais elle eût été obligée de demander, d'insister, de prier.
—Et c'est humiliant, disait-elle.