—Je chercherai une autre place, dit-il.
C'est avec un mouvement de rage que M. Favoral haussait les épaules.
—Et en attendant, il faudra que je paye, s'écria-t-il. Savez-vous de quoi me menacent vos créanciers? De m'intenter un procès. Ils le perdraient: ils ne l'ignorent pas, mais ils espèrent que je reculerai devant l'esclandre. Car ce n'est pas tout: ils parlent de déposer une plainte au parquet. Ils prétendent que vous les avez audacieusement escroqués, que les objets que vous leur achetiez n'étaient nullement pour votre usage, que vous vous empressiez de les vendre à vil prix, afin de vous faire de l'argent comptant. Le bijoutier a la preuve, assure-t-il, qu'en sortant de sa boutique vous êtes allé tout droit au Mont-de-Piété engager une montre et une chaîne qu'il venait de vous livrer. C'est une affaire de police correctionnelle. Ils ont dit tout cela devant mon directeur, devant M. de Thaller.
J'ai dû recourir à mon garçon de bureau pour les mettre dehors. Mais quand ils ont été partis, M. de Thaller m'a donné à entendre qu'il souhaite vivement que j'arrange tout. Et il a raison. Ma considération ne résisterait pas à deux scènes pareilles. Quelle confiance accorder à un caissier dont le fils est un noceur et un faiseur de dupes! Comment laisser la clef d'une caisse qui renferme des millions à un homme dont le fils aurait été traîné sur les bancs de la police correctionnelle! C'est-à-dire que je suis à votre merci. C'est-à-dire que mon honneur, ma situation et ma fortune dépendent de vous. Tant qu'il vous plaira de faire des dettes, vous en ferez, et je serai condamné à les payer.
Rassemblant son courage:
—Vous avez été parfois bien dur pour moi, mon père, commença Maxence, et cependant je ne veux pas essayer de justifier ma conduite. Je vous jure que désormais vous n'avez rien à craindre de moi...
M. Favoral ricanait.
—Je ne crains rien, prononça-t-il. Je connais des moyens positifs de me mettre à l'abri de vos folies. Je les emploierai...
—Je vous affirme, mon père, que ma résolution est bien prise.
—Oh! dispensez-moi de vos repentirs périodiques...