—Je suis sûre qu'il ne me plaira pas...

Elle dit cela d'un tel accent, que Mme Favoral en fut soudainement éclairée.

—Mon Dieu! murmura-t-elle, Gilberte, ma fille chérie, aurais-tu donc un secret que ta mère ne connaît pas?

XIV

Oui, Mlle Gilberte avait son secret.

Un secret bien simple, d'ailleurs, chaste comme elle, et de ceux qui, selon l'expression des bonnes femmes, doivent réjouir les anges.

Le printemps de cette année ayant été d'une rare clémence, Mme Favoral et sa fille avaient pris l'habitude d'aller chaque jour respirer le grand air à la place Royale.

Elles emportaient leur ouvrage, crochet ou tapisserie, de sorte que cette distraction salutaire ne diminuait en rien le produit de leur semaine.

C'est pendant ces promenades que Mlle Gilberte avait fini par remarquer un jeune homme, un inconnu, qu'elle rencontrait, toujours au même endroit.

De haute taille et robuste, il avait grand air sous ses modestes vêtements, dont la propreté recherchée trahissait une gêne qui veut être respectée. Il portait toute sa barbe, et son visage intelligent et fier était éclairé par de grands yeux noirs, de ces yeux dont le regard droit et clair déconcerte les coquins et les fourbes.