Jamais, en passant près de Mlle Gilberte, il ne manquait de baisser ou de détourner légèrement la tête, et malgré cela, et malgré l'expression de respect qu'elle avait surprise sur son visage, elle ne pouvait s'empêcher de rougir.
—Ce qui est absurde, pensait-elle, car enfin que m'importe ce jeune homme!...
L'infaillible instinct, qui est l'expérience des jeunes filles inexpérimentées, lui disait que ce n'était pas le hasard seul qui plaçait cet inconnu sur son passage. Elle voulut cependant en avoir le cœur net.
Elle sut si bien s'y prendre avec sa mère, que tous les jours de la semaine qui suivit, le moment de leur promenade fut changé. Tantôt elles sortaient dès midi, tantôt passé quatre heures.
Quelle que fut l'heure, toujours Mlle Gilberte, en dépassant la rue des Minimes, apercevait son inconnu sous les arcades, arrêté à la vitre de quelque magasin de bric-à-brac et épiant du coin de l'oeil.
Paraissait-elle, il quittait son poste et hâtait assez le pas pour la croiser devant la grille de la place.
—C'est une persécution! se disait Mlle Gilberte.
Comment donc n'en parla-t-elle pas à sa mère? Pourquoi donc ne lui confia-t-elle rien le jour où, s'étant mise par hasard à la fenêtre, elle vit le «persécuteur» passant devant la maison, le nez en l'air?
—Est-ce que je deviens folle! se disait-elle, sérieusement irritée contre elle-même. Je ne veux plus penser à lui.
Elle y pensait pourtant, quand une après-midi que sa mère et elle travaillaient, assises sur le banc qu'elles avaient choisi, elle vit son inconnu venir s'installer non loin d'elles.