Il fut assez heureux, d'abord. Mais il était trop probe et trop loyal pour être heureux longtemps. Une affaire à laquelle il s'intéressa au commencement de 1869 tourna mal. Ses associés s'enrichirent; lui, je ne sais comment, fut ruiné et faillit être compromis. Il en mourut de douleur moins d'un mois après.
De la tête, le vieux soldat approuvait.
—Bien, mon garçon, dit-il, seulement tu es trop modeste, et il est une circonstance importante que tu négliges.
Tu avais le droit, lors des mauvaises affaires de ton père, de réclamer et de garder la fortune de ta mère, c'est-à-dire une trentaine de mille livres de rentes. Non-seulement tu ne l'as pas fait, mais tu as tout abandonné aux créanciers, mais tu as vendu, pour leur en donner le prix, le domaine de Trégars, à l'exception du vieux château et de son parc, de telle sorte que ton père est mort ruiné, mais ne devant pas un sou. Et cependant, tu savais comme moi que ton père a été trompé et dépouillé par des misérables, qui depuis, roulent carrosse, et auxquels, si la justice s'en mêlait, il serait peut-être encore possible de faire rendre gorge...
Le front penché sur sa tapisserie, Mlle Gilberte semblait travailler avec une incomparable ardeur.
La vérité est qu'elle ne savait comment dissimuler la rougeur de ses joues et le tremblement de ses mains. Elle avait comme un nuage devant les yeux, et c'est au hasard qu'elle poussait son aiguille.
A peine lui restait-il assez de présence d'esprit pour répondre à Mme Favoral, laquelle ne s'apercevait de rien, et lui adressait de temps à autre la parole.
C'est que le sens de cette scène était trop clair pour lui échapper.
—Ils se sont entendus, pensait-elle. C'est pour moi seule qu'ils parlent...
Le jeune homme, Marius de Trégars, poursuivait: