Eh bien! dans une sphère plus élevée, dans le monde de la spéculation, sans comparaison, c'est précisément cette honorable et lucrative industrie qu'exerce M. d'Escajoul.
Maître de son terrain, doué d'un flair supérieur et d'une patience imperturbable, toujours en éveil et continuellement à l'affût, c'est à coup sûr qu'il opère.
Bien avant qu'une affaire ne soit présentée au public, il la connaît, il l'a étudiée et analysée, il en a calculé le fort et le faible, il sait où elle ira et ce qu'elle fera, ce qu'elle peut durer de temps et si elle finira en police correctionnelle....
Et il veille, et il attend....
Et le jour où le gérant d'une société quelconque s'est mis en contravention, a donné une entorse à la loi ou un croc-en-jambe à ses statuts, il peut être assuré de voir M. d'Escajoul arriver, lui demander quelques petits... avantages, et lui promettre en échange une discrétion à toute épreuve, et même ses bons offices.
Deux ou trois de ses amis lui ont entendu dire:
—Qui oserait me blâmer? C'est très-moral ce que je fais!
Ce qui est positif, c'est que sur toutes les affaires véreuses, sur toutes les opérations suspectes, il prélève une dîme; c'est qu'il vit de ceux qui vivent de l'argent des autres; c'est qu'il ne se commet pas une escroquerie de quelque importance dont il ne tire rançon.
Aussi est-il l'homme de Paris qui connaît le mieux son code financier et les lois spéciales et fort compliquées qui régissent les sociétés. Et dès qu'il se présente un cas difficile ou douteux, et sur lequel les jurisconsultes ne sont pas d'accord, c'est lui que l'on va trouver en dernier ressort.
Il n'est pas médiocrement fier de son savoir, et, à ses moments perdus, il aime à lester de ses conseils ces débutants qui ont des dispositions, tous ces jeunes financiers qui brûlent de prendre leur vol.