Ces titres, le sieur Lattermann les recueille et les emmagasine.

Entrez dans ses bureaux et il vous montrera d'innombrables cartons bondés des actions et des obligations qui, depuis une vingtaine d'années seulement, ont enlevé douze cents millions, selon quelques statistiques, et selon certaines autres deux milliards de la fortune publique.

Dites un mot, et ses employés vous offriront des «Terrains de Bretonnèche,» des «Société Franco-Serbe,» des «Compagnie Marseillaise de navigation à vapeur,» des «Société houillère et métallurgique des Asturies,» des «Compagnie Franco-Américaine,» des «Forêts de Formanoir,» des «Salines de Maumusson,» des «Compagnie française de roulage et de messagerie,» des «Mines de cuivre de Rossdorff (près Darmstadt),» et des «Mines de Tiffila,» et des «Mines de Mouzaïa,» et des «Mines de Cherchell et Tils...»

Et si dans tout cet assortiment, pourtant si remarquable, rien ne vous séduisait, rien ne vous agréait, les mêmes employés se feraient un plaisir de vous offrir encore:

Des «Usines de Bastange, par Romœuf,» des «Produits céramiques» et des «Mutualité,» des «Gastronomie» et des «Chaudronnerie,» des «Ancre Paule» et des «Garantie industrielle,» des «Transcontinental Memphis el Paso (Amérique)» et des «Ardoisières de Caumont,» des «Banque Catholique» et du «Crédit cantonal,» des «Épargnes des Paroisses» et des «Orphelinat des Arts-et-Métiers,» et des «Tréfileries réunies,» et des «Cabotage International...»

Tous ces titres, et bien d'autres encore, illustrés de vignettes alléchantes, qu'on trouve chez M. Lattermann, n'ont pour le commun des martyrs d'autre valeur que celle du vieux papier, qui se vend couramment de trois à cinq sous la livre.

Mais c'est la gloire de notre temps et le génie de la spéculation de tirer parti de ce qui ne semble bon à rien, de donner du prix à ce qui semble n'en plus avoir aucun. Dans une société bien ordonnée, rien ne se perd. Et il se trouve des agioteurs pour se disputer ces chiffons....

Autour du tapis vert de Saxon et de Monaco, on voit des hommes à face blême, juste assez proprement vêtus pour être admis dans les salons, qui suivent d'un œil ardent les évolutions de la roulette, et qui sans ponter jamais pointent d'une ardeur sans pareille les coups qui se succèdent.

Ceux-là sont les décavés.

Comme ils n'ont plus en poche la pièce de deux ou de cinq francs qui est le minimum de la mise, ils parient entre eux, deux sous, six sous, dix sous, et selon que sort la rouge ou la noire, on voit les uns sourire et les autres faire la grimace.