Comme il dépense chaque année une centaine de mille francs en publicité pour racoler des abonnés, comme d'autre part il ne coûte que trois francs par an, il est clair que ce n'est pas sur les abonnements qu'il réalise des bénéfices.
Il a d'autres sources de revenu. Ses courtages, d'abord. Car il vend et achète, et exécute, disent ses prospectus, «tous les ordres de Bourse généralement quelconques au mieux de l'intérêt du client.»
Et la besogne ne lui manque pas.
Les petits capitalistes de province ont des fantaisies singulières. Ils pourraient, lorsqu'ils ont des fonds disponibles, les porter à quelque banquier de leur ville, à un homme connu, dont ils savent la vie et la fortune, dont ils estiment le caractère et respectent la probité.
Mais non; ce serait trop simple et trop sûr.
Ils aiment mieux envoyer leur argent à Saint-Pavin, qu'ils ne connaissent ni d'Ève ni d'Adam, uniquement pour cette raison qu'un beau matin la poste leur a apporté gratis un numéro du Pilote financier, où ils ont lu que ledit Saint-Pavin est le premier homme du monde pour manœuvrer les capitaux, en tirer des intérêts fabuleux et enrichir ses clients.
Et ils sont nombreux les gens que Saint-Pavin grise de ses articles, qu'il éblouit de ses chiffres, qu'il prend aux miroitements des primes et des reports.
—J'ai cinquante mille abonnés! dit-il fièrement.
Et c'est absolument exact. Il y a de par la France, cinquante mille bonnes âmes qui payent trois francs par an la prose de Saint-Pavin, et il en est bien sur ce nombre huit ou dix mille qui se laissent piloter par lui, vendant quand il conseille de vendre, achetant dès qu'il dit d'acheter....
Mais aux courtages opulents, il convient d'ajouter la réclame: autre mine.