Entre temps, elle étudiait les journaux de modes et formait son style à la lecture de la Vie parisienne, dont les articles les plus énigmatiques n'avaient pas d'allusions assez obscures pour échapper à sa pénétration.
Le plus légitime succès devait récompenser ses efforts.
Une nuit, au bal, chez M. Marcolet, il lui fut donné de recueillir la conversation de deux jeunes messieurs.
—Elle est épatante! disait l'un.
—Oui, répondait l'autre, elle a «du chien.»
Elle en tressaillit d'aise, et la vanité triomphante illumina son visage.
Pour avoir «du chien»—on ne disait pas encore «du zing,»—que n'eût-elle pas tenté, encouragée qu'elle était par la baronne!
Elle apprit à monter à cheval, fit des armes, s'exerça au pistolet et brilla au tir aux pigeons. Elle eut un livret pour inscrire ses paris, fit preuve «d'estomac» à Monaco au trente-et-quarante et connut le fin du baccarat. A Trouville, elle ébahissait les gens par la désinvolture de ses costumes de bain, et quand elle se voyait un cercle raisonnable de badauds, elle se jetait à l'eau avec une crânerie qui lui valait les applaudissements des maîtres baigneurs. Elle «grillait» volontiers une cigarette, vidait lestement une coupe de champagne, et une fois sa mère fut obligée de la rentrer coucher bien vite, parce qu'elle avait voulu tâter de l'absinthe et que sa conversation devenait par trop excentrique.
Grâce aux jeunes messieurs de la coulisse, qui formaient l'escadron d'escorte ordinaire de la baronne de Thaller, Mlle Césarine avait appris son Paris, et le monde qui s'amuse n'avait plus pour elle de mystères.
Elle était insatiable de renseignements, et s'il arrivait qu'on reculât devant une de ses questions par trop scabreuses: