—Voilà, pourtant, dit-elle, le résultat de la faiblesse de M. de Thaller et surtout de la mienne....
—Ah!...
—Nous n'avons d'enfant que Césarine, et lorsqu'elle était toute petite, sa santé nous inspirait les plus cruelles inquiétudes. Les médecins nous donnaient à entendre qu'elle n'atteindrait pas vingt ans. Cela explique son caractère. Nous étions, eh! mon Dieu! nous sommes encore à genoux devant ses volontés. Sa fantaisie est notre unique loi. Jamais je ne lui ai laissé le temps de formuler un désir, elle n'a pas parlé qu'elle est obéie....
Elle soupirait encore et plus profondément que la première fois.
—Vous venez de voir, poursuivait-elle, le résultat de cette éducation insensée. Et cependant il ne faudrait pas se fier aux apparences. Césarine n'est pas, croyez-le bien, l'extravagante qu'elle paraît être. Ses qualités sont réelles, et de celles que demande un homme à la femme dont il veut faire sa compagne.
Cette pauvre enfant, si sceptique à ce qu'elle prétend, si désillusionnée et si positive, est au fond extraordinairement romanesque, naïve et d'une exquise sensibilité. En elle s'agitent confusément toutes sortes d'idées généreuses et d'une chevalerie qui n'est plus de notre temps....
Sans quitter la glace des yeux:
—Je vous crois, madame, dit M. de Trégars....
—Elle est avec son père, avec moi surtout, capricieuse, volontaire, emportée; mais un mari qu'elle aimerait l'aurait vite assouplie à toutes ses volontés.... Elle qui me dépense vingt mille francs par an, pour sa toilette, elle irait gaiement vêtue de bure, si elle croyait plaire ainsi à celui que son cœur aurait choisi.
L'homme du salon avait achevé sa lettre, et avec un sourire équivoque, il la relisait.