—C'est bien de l'honneur! fit-elle, avec un sourire ironique.

Il n'était plus, désormais, de puissance humaine capable de détourner Marius de Trégars de son but.

—C'est à vous que je parlerai, reprit-il, parce que, après m'avoir entendu, peut-être jugerez-vous qu'il est de votre intérêt de vous joindre à moi pour obtenir de votre mari ce que je demande, ce que j'exige, ce que je veux!...

D'un air de surprise merveilleusement joué, s'il n'était pas réel, la baronne le considérait.

—Mon père, continuait-il, le marquis de Trégars, était riche de plusieurs millions, autrefois.... Et cependant, lorsque j'ai eu la douleur de le perdre, il y a trois ans, il était à ce point ruiné, que pour rassurer les scrupules de son honneur et lui faire une mort plus douce, j'ai abandonné à ses créanciers ce que je possédais.... Où avait passé la fortune de mon père? Quel philtre lui avait-on versé, pour le décider à se lancer dans des spéculations hasardeuses, lui, un gentilhomme breton, entêté jusqu'à l'absurde des préjugés de la noblesse?... Voilà ce que j'ai voulu savoir....

—Ah!...

—Et aujourd'hui, madame, je—le—sais!

C'était une maîtresse femme que Mme la baronne de Thaller.

Elle avait couru tant d'aventures en sa vie, côtoyé tant de précipices, dissimulé tant d'angoisses, que le danger était comme son élément, et que même à l'instant décisif d'une partie presque désespérée, elle pouvait rester souriante, à l'exemple de ces vieux joueurs dont rien ne trahit les affreuses émotions au moment où ils hasardent leur suprême enjeu.

Pas un des muscles de son visage ne tressaillit, et il se fût agi d'une autre, qu'elle n'eût pas dit d'un calme plus imperturbable: