—Ma femme m'a tout dit! monsieur, commença-t-il....
M. de Trégars s'était levé.
—Eh bien? interrogea-t-il.
—Vous me voyez navré. Ah! monsieur le marquis, devais-je m'attendre à cela de vous? Comment imaginer qu'un jour viendrait où vous regreteriez votre conduite si noble et si désintéressée lors de la mort de votre père? C'est cette conduite cependant qui vous avait valu mon estime. Car je vous estimais, monsieur, et beaucoup, et il me semble vous l'avoir prouvé lorsque M. Marcolet vous présenta chez moi. Rappelez-vous l'accueil que je vous fis et mon empressement à vous ouvrir ma maison et à vous faire asseoir à ma table! C'est que je savais combien votre situation était précaire, depuis l'abandon que vous aviez fait de tous vos biens. C'est que dès lors je cherchais un moyen de réparer l'injustice de la fortune à votre égard....
Décidément, M. de Thaller se posait en bienfaiteur méconnu, et pour bien peu il eût accusé Marius de la plus noire ingratitude.
Toujours du même ton paterne:
—Ce moyen, poursuivit-il, je l'avais trouvé: c'était de vous donner ma fille, avec une dot assez ronde pour vous permettre de porter brillamment votre nom. Et je pensais que vous aviez pénétré mes intentions. Et je me réjouissais en constatant que ma fille n'était pas insensible à vos assiduités....
Il était hardi de parler des assiduités de Marius qui, de tout temps, s'était étudié à garder près de Mlle Césarine une réserve glacée.
—Ainsi donc, continuait le baron, j'avais le droit de vous croire et je vous croyais mon ami. Et c'est vous cependant qui, au lendemain du malheur qui me frappe, essayez de me porter le coup de grâce. C'est vous qui voudriez m'écraser sous des calomnies ramassées au ruisseau....
D'un geste, M. de Trégars l'arrêta.