Il allait être huit heures, et Maxence, Mme Favoral et Mlle Gilberte devaient l'attendre avec une fiévreuse impatience; mais il n'avait rien pris depuis le matin, il se fit arrêter devant un des restaurants du boulevard.

Il venait de se faire servir à dîner, quand à la table voisine vint s'asseoir un homme d'un certain âge déjà, mais alerte et vigoureux encore, à tournure militaire, portant moustache et la boutonnière pavoisée d'ordres multicolores.

En moins d'un quart d'heure M. de Trégars eut expédié un potage et une tranche de bœuf, et il se hâtait de sortir, lorsque son pied, sans qu'il pût s'expliquer comment, heurta le pied du dîneur son voisin.

Bien persuadé que la faute ne venait pas de lui, il s'empressa néanmoins de s'excuser, mais le dîneur se mit à se fâcher tout rouge, et si haut que tout le monde se retournait....

Si agacé qu'il fût, Marius renouvela ses excuses....

Mais l'autre, pareil à ces poltrons qui croient avoir trouvé plus poltron qu'eux, s'était dressé et se répandait en injures grossières.

M. de Trégars levait le bras pour lui infliger la correction méritée, lorsque soudain se représenta à son esprit la scène du grand salon de l'hôtel de Thaller. Il revit, comme dans la glace, l'homme de mauvaise mine écoutant d'un air inquiet les propositions de Mme de Thaller et se mettant ensuite à écrire....

—C'est cela! s'écria-t-il, éclairé par une foule de circonstances, qui, sur le moment, lui avaient échappé.

Et sans plus réfléchir, saisissant son adversaire à la gorge, il le renversa, les reins sur la table, le maintenant du genou.

—Je suis sûr qu'il a la lettre sur lui, disait-il aux gens qui l'entouraient.