Après le départ de Maxence courant au rendez-vous de M. de Trégars, Mme Favoral et sa fille étaient restées seules avec M. Chapelain et avaient eu à subir le flot de sa colère et de ses interminables doléances.

C'était certes un homme excellent que l'ancien avoué, et trop juste pour faire retomber sur Mlle Gilberte et sa mère la responsabilité des actes de Vincent Favoral. Il ne mentait pas lorsqu'il leur affirmait avoir pour elles une affection sincère et qu'elles pouvaient compter sur son dévouement. Mais il perdait cent soixante mille francs, et quand on perd une si grosse somme on est de méchante humeur et peu disposé à l'optimisme.

Le plus cruel ennemi des pauvres femmes les eût moins impitoyablement torturées que cet ami dévoué.

Il ne leur épargna pas un détail attristant de cette réunion de la rue du Quatre-Septembre d'où il sortait. Il leur exagérait l'assurance superbe du directeur du Crédit mutuel, et la bénignité confiante des actionnaires.

—Ce baron de Thaller, leur disait-il, est bien le plus impudent drôle et le plus habile gredin que j'aie vu en ma vie. Il s'en tirera, vous verrez, les chausses nettes et les poches pleines. Qu'il ait ou non des complices, Vincent sera le bouc émissaire, il faut en faire notre deuil....

Son intention formelle était de consoler Mme Favoral et Mlle Gilberte. Il eût juré de les désespérer qu'il ne s'y fût pas pris autrement.

—Pauvres femmes! ajoutait-il, qu'allez-vous devenir! Maxence est un bon et loyal garçon, j'en suis sûr, mais si faible, si étourdi, si avide de plaisir!... Il a déjà bien du mal à se tirer seul d'affaire. De quel secours vous sera-t-il?

Puis venaient les conseils:

Mme Favoral, déclarait-il, ne devait pas hésiter à demander une séparation que le tribunal lui accorderait certainement. Faute de cette précaution, elle resterait toute sa vie sous le coup des dettes de son mari, et incessamment exposée aux avanies des créanciers.

Et toujours son refrain était: