—Nous avons à causer, lui dit-il, et longuement.... Demain, avant de reporter à M. de Thaller ses 15,000 francs, passez chez moi, je vous attendrai.... Nous voici attelés à une œuvre commune, et quelque chose me dit qu'avant qu'il soit longtemps, nous saurons ce qu'est devenu l'argent qui a été pris dans la caisse du Comptoir du crédit mutuel.
[IV]
«Quand je pense, disait Coldrige, que tous les matins, à Paris seulement, trente mille gaillards s'éveillent et se lèvent avec l'idée fixe et bien arrêtée de s'emparer de l'argent d'autrui, c'est avec une nouvelle surprise que, chaque soir, en rentrant, je retrouve mon porte-monnaie dans ma poche.»
Ce n'est cependant pas ceux qui s'attaquent directement au porte-monnaie qui sont les plus malhonnêtes ni les plus redoutables.
S'embusquer au coin d'une rue sombre, et se ruer sur le premier passant venu en lui demandant:
—La bourse ou la vie... est un pauvre métier, un métier de dupe, dépouillé de prestige, et depuis longtemps abandonné aux natures chevaleresques.
Il faut être un peu plus que simple pour travailler encore sur les grands chemins, exposé aux avanies de la gendarmerie, quand l'industrie et la finance offrent un champ si magnifiquement fertile à l'activité des gens d'imagination.
Et pour se rendre bien compte de la façon dont on y opère, il suffit d'ouvrir de temps à autre la Gazette des Tribunaux et d'y lire, par exemple, un procès comme celui du sieur Lefurteux, l'ex-directeur de la Société pour le dessèchement et la mise en valeur des marais de l'Orne.
Ceci se passait, il n'y a pas un mois, en police correctionnelle: