C'était une bien autre affaire que cette pauvre invention des Marais de l'Orne, une affaire qui avait été admirablement lancée à l'heure propice du coup d'État de décembre, à un moment où les idées de mutualité commençaient à pénétrer dans le monde de la finance.

Ni les capitaux, ni les patronages puissants ne lui avaient manqué au début, et il lui avait suffi de paraître pour être admise aux honneurs de la cote.

S'adressant à l'industrie, sous le prétexte de lui épargner l'intermédiaire ruineux des banquiers ou les rigueurs parfois mortelles de la Banque, le Crédit mutuel avait eu, pendant ses premières années, une spécialité parfaitement déterminée.

Mais il avait peu à peu élargi le cercle de ses opérations, remanié ses statuts, changé ses administrateurs, et vers la fin, ses souscripteurs primitifs eussent été bien embarrassés de dire son genre d'affaires et à quelles sources il puisait ses bénéfices.

Ce qu'on savait, c'est qu'il donnait toujours de respectables dividendes.

Ce qu'on-disait, c'est que son directeur, le baron de Thaller, avait une fortune personnelle considérable, et qu'il était bien trop habile pour ne savoir point passer sans accroc à travers les articles du Code, de même que les clowns du cirque à travers leurs ronds de pipes....

Ce n'étaient cependant ni les envieux ni les détracteurs qui manquaient.

Vous rencontriez fréquemment des gens qui, hochant la tête et clignant de l'œil, vous disaient d'un air capable:

—Prenez garde! Le Crédit mutuel donne des bénéfices magnifiques, mais on sait ce que devient à la fin le capital de toutes ces compagnies, qui distribuent des dividendes si beaux.

D'autres, plus perfides, attaquaient directement M. de Thaller.