Trois messieurs qui étaient allés s'installer au café du Divan, au fond du passage, semblaient diriger le mouvement et manœuvraient comme il est d'usage quand on veut couler une affaire. Ils avaient des agents sur le boulevard, et de dix minutes en dix minutes, ils leur expédiaient un émissaire, un vieux bonhomme quelque peu boiteux et bossu, avec ordre de vendre, de vendre encore et toujours et à tout prix.
Si bien qu'à dix heures et demie on n'eût pas trouvé cinq cents francs comptant de vingt actions du Crédit mutuel.
Le dimanche, ce fut une autre histoire.
Dès le matin, on donnait comme positive partout l'arrestation du baron de Thaller et même on l'enjolivait de quantité de détails.
Cependant, le soir même, le fait fut démenti, par les gens qui étant allés aux courses, y avaient rencontré Mme de Thaller et sa fille, plus brillantes que jamais, très-gaies et très-causeuses.
Aux personnes qui allaient la saluer:
—Mon mari n'a pu venir, disait la baronne, tout occupé qu'il est, avec deux de ses employés, à débrouiller les écritures de ce malheureux Favoral. C'est, à ce qu'il paraît, un gâchis inconcevable. Qui jamais eût cru cela d'un homme qui vivait de pain et de noix. Mais il jouait à la Bourse, et il avait organisé, grâce à un prête-nom, une sorte de banque où il a englouti, le plus sottement du monde, des sommes considérables....
Et toute souriante, comme après un danger définitivement conjuré:
—Heureusement, ajoutait-elle, le mal n'est pas aussi grand qu'on s'est plu à le raconter, et cette fois encore, nous en serons quittes pour la peur.
Mais ce n'étaient pas les discours de la baronne qui pouvaient rassurer les gens qui se sentaient en poche les titres sans valeur du Crédit mutuel.