—Rue Laffitte, 70, et bon train, je paye la course trois francs.

C'est rue Laffitte, en effet, qu'était allé s'installer Marius de Trégars, le jour où sa détermination avait été bien arrêtée de faire rendre gorge aux audacieux gredins qui avaient dépouillé son père.

Il y occupait à l'entre-sol un petit appartement, simplement meublé,—le pied-à-terre de l'homme d'action, la tente où on s'abrite la veille de la bataille,—et il avait, pour le servir, un vieux valet de sa famille, qu'il avait retrouvé sur le pavé, et qui lui était dévoué de ce dévouement obtus et têtu des serviteurs bretons.

C'est ce brave homme qui, au premier coup de sonnette de Maxence, vint ouvrir. Et dès que Maxence lui eût dit son nom:

—Ah! monsieur, s'écria-t-il, monsieur vous attend avec une fière impatience!...

C'était si vrai, que M. de Trégars parut au même moment et que ce fut lui qui introduisit Maxence dans la petite pièce qui lui servait de cabinet de travail. Et tout en lui serrant la main:

—Sans reproche, lui dit-il, vous êtes en retard de près d'une heure....

Maxence avait, entre autres, ce détestable défaut, indice certain d'un caractère faible, de ne jamais vouloir avoir tort et de tenir toujours une excuse toute prête. L'excuse ici était trop tentante pour qu'il la laissât échapper, et bien vite il se mit à raconter comment il avait été retenu par M. Chapelain, et comment il avait appris de l'ancien avoué, ce qui venait de se passer rue du Quatre-Septembre, au Crédit mutuel.

—Je savais la scène, dit M. de Trégars....

Et fixant Maxence, d'un air d'amicale raillerie: