La bouche béante et les yeux démesurément écarquillés, Maxence semblait un homme qui tombe des nues.
—Ah! vous avez épié!... fit-il.
D'un geste insouciant, M. de Trégars fit claquer ses doigts.
—Il est certain, répondit-il, que je fais, depuis un mois, un singulier métier. Mais ce n'est pas en restant dans mon fauteuil à déclamer contre la corruption du siècle, que j'atteindrai mon but. Qui veut la fin veut les moyens. C'est une duperie des honnêtes gens, que de laisser triompher effrontément les gredins, sous le prétexte sentimental de ne pas daigner employer leurs armes....
Mais un honorable scrupule tourmentait Maxence.
—Et vous vous croyez bien renseigné, monsieur? interrogea-t-il. Vous connaissez Lucienne?...
—Assez pour savoir qu'elle n'est pas ce qu'elle paraît être, ce que toute autre probablement serait, à sa place. Assez pour être sûr que si deux ou trois fois par semaine elle se montre en voiture, autour du lac, ce n'est pas pour son plaisir.
Assez encore pour être persuadé, qu'en dépit des apparences, elle n'est pas votre maîtresse, et que, bien loin d'avoir troublé votre vie et compromis votre avenir, elle vous a remis dans le droit chemin au moment où, peut-être, vous alliez vous jeter dans la traverse....
Décidément, dans l'esprit de Maxence, Marius de Trégars prenait des proportions fantastiques.
—Comment avez-vous fait, balbutia-t-il, pour arriver ainsi à la vérité?