Celui-là encore était un engagé volontaire, mais de vieille date. Il passait au 13e pour une forte tête, et devait à ses aventures une grande célébrité.
En cinq ans, il n’avait pas changé de corps moins de onze fois. Tour à tour dragon, lancier, chasseur, spahis même, il était enfin venu s’échouer dans les hussards, où, depuis son arrivée, il faisait le désespoir de tous les officiers de son escadron.
Déjà il avait fait l’impossible pour quitter le 13e, et, désespérant d’y réussir, il travaillait de son mieux à se faire envoyer aux compagnies de discipline, histoire de changer un peu.—Il était d’ailleurs en fort bon chemin pour cette dernière destination.
Du matin au soir, il criait contre la discipline du 13e.
A l’entendre, c’était le plus dur des régiments de l’armée française. Il ne parlait que d’un ton enthousiaste des autres corps où il avait servi. Là, au moins, il n’y avait rien à faire: les chevaux se pansaient seuls, la salle de police n’existait que de nom, les officiers fraternisaient au cabaret avec les simples troupiers, les alouettes, enfin, tombaient plumées, rôties et bardées de lard dans la marmite.
Malheureusement pour ce hardi conteur, ses assertions se trouvaient en contradiction flagrante avec son folio de punitions, ce dossier irrécusable qui suit le troupier dans toutes ses pérégrinations.
Le militaire modèle doit avoir son folio blanc, ou à peu près. Celui de ce vilain soldat, chargé outre mesure, témoignait hautement que partout et toujours il avait été la clef de voûte de la salle de police.
Il est vrai que les troupiers ignoraient généralement ce détail; et deux ou trois pauvres diables, convaincus par l’éloquence de ce bohème de l’armée, avaient cassé leur fusil, pour quitter au plus vite un régiment de malheur, et aller goûter dans un autre corps les délices d’une discipline plus douce.
C’est la mode au 13e. Quand un hussard s’ennuie par trop, il brise une de ses armes. Il passe alors au conseil de guerre, est condamné à six mois de détention, et de là envoyé au bataillon:—c’est réglé comme le papier du chef de musique.
Il y a des années où, dans certains régiments, il y a comme des épidémies; tout le monde veut casser son fusil.