Peut-être n’était-ce pas exact, au moins était-ce bien trouvé.
Le soldat n’est-il pas la matière première de la gloire?...
L
Le colonel du 13e hussards a une idée fixe: passer général. Il subit son grade comme une transition nécessaire. On lit sur sa figure l’ennui de la résignation.
Jeune, riche, de la promotion de l’année dernière, il se demande très-sérieusement s’il doit, longtemps encore, moisir sous les épaulettes de colonel.
S’estime l’homme le plus malheureux du régiment, et cela se conçoit: mille hommes sont infiniment plus faciles à conduire qu’un pensionnat de demoiselles, mais il y a huit cents chevaux—sujets aux deux terribles maladies sus-nommées.—Voilà ce qui trouble les nuits du colonel.
Il aime à se dire le père du soldat, sans prétendre que «qui aime bien châtie bien.» Il a les punitions en horreur et exècre les punisseurs. Il punit rarement lui-même, mais alors il sangle serré.
Il n’a jamais compris qu’on fît des dettes, peut-être parce qu’il est riche; est impitoyable pour ceux qui en font, mais flanque à la porte sans commisération les fournisseurs qui viennent réclamer, avec cette seule phrase de consolation: «Il ne fallait pas faire crédit.»
Tout ses galops aux officiers dont il est mécontent commencent ainsi. «Pardieu! j’ai été capitaine aussi, moi...» ou: «Monsieur, lorsque j’étais sous-lieutenant...»
Cette fiction oratoire lui est si familière, qu’il l’emploie même avec les troupiers: «Lorsque j’étais simple hussard, et que j’étais de garde d’écurie...»