C’est toujours l’uniforme, mais embelli, revu, enrichi. C’est quelque chose qui diffère de ce que portent tous les autres, une contravention à l’ordonnance, par conséquent.

Telle était dans le principe la signification de ce mot, qui depuis a pris la plus grande extension.

Un sous-officier qui s’en croit, un lieutenant qui punit plus que de raison, un troupier qui se fait toujours mettre à l’ours, un homme qui trotte à l’anglaise, tous ceux-là font de la fantaisie.

La fantasia, au reste, ne prend d’importance que lorsqu’elle est interdite. Alors c’est une rage, une fureur; outre le plaisir intime de se distinguer, on a celui de risquer une punition. C’est une question de chance et d’adresse; un jeu, en un mot.

C’est à qui fera le plus d’extravagances.

Le précédent colonel du 13e ne pouvait souffrir la fantaisie; c’était un terrible Alsacien, troupier de ses éperons à son pompon, et plus dur encore pour les autres que pour lui-même. Il portait des bottes d’ordonnance et se faisait faire des pantalons en drap de troupe; ce n’était pas pour tolérer des superfluités d’uniforme chez les autres. La moindre contravention lui semblait une épigramme amère.

Il fit donc son possible pour bannir la fantaisie. En vain. Soldats, sous-officiers, officiers, résistaient à qui mieux mieux.

Sous le porche du quartier, un sous-officier de planton était chargé d’inspecter minutieusement tout hussard qui se présentait pour sortir, avec ordre de faire faire demi-tour à quiconque n’était pas absolument à l’ordonnance.

Peines et soin perdus. Les coquins changeaient de vêtements en ville.

C’était bien une autre chanson pour les officiers. Lorsqu’ils étaient de service, le contrôle devenait facile, mais comment les atteindre au dehors?