LIII
Bien que le 13e hussards soit peut-être l’endroit du monde où l’argent—le tyran du siècle—a le moins de valeur réelle et de prestige, les officiers sont cependant divisés en deux classes bien distinctes:
Ceux qui sont riches, et ceux qui ne le sont pas.
Au 13e, l’officier qui n’a que sa solde est plus malheureux, cent fois, que les maréchaux des logis.
Lorsqu’il a payé sa chambre, sa pension, le tailleur, le bottier, le sellier, l’armurier et dix autres fournisseurs, il ne lui reste plus un sou pour aller au café, pour fumer quelques cigares, pour faire un peu de fantaisie, etc., etc.
Et même payer les choses indispensables lui est matériellement impossible, ce qui fait qu’il garde son argent pour le superflu, qui est le véritable nécessaire.
Alors il fait des dettes!
Or, l’officier qui s’endette est à peu près perdu, au 13e s’entend. Son avancement est entravé, brisé!
Il n’ira pas à Clichy, mais que d’ennuis, de tracasseries! Puis viennent les oppositions. Et lorsque la solde entière était insuffisante pour joindre les deux bouts, la solde diminuée des retenues ne suffit pas davantage.
Le colonel ne badine pas avec les dettes. N’a-t-il pas fait une fois manger à l’ordinaire des sous-officiers un lieutenant que serraient de trop près ses créanciers? On a vu, pour ce motif, des officiers mis en demi-solde.