Choisir la cavalerie lorsqu’on n’a pas une famille riche, est un trait d’insigne folie: la solde est insuffisante, quoi qu’on fasse. Outre qu’on est malheureux comme les pierres, l’avancement même devient un désastre.
Changer de régiment, passer des lanciers dans les dragons, des hussards dans les chasseurs, est une véritable ruine. Tout est perdu de l’ancien uniforme, il faut s’équiper à neuf. On ne peut utiliser que deux objets, le col et les bottes.
Après trois avancements de ce genre, un officier de fortune, c’est-à-dire sans fortune, est obéré pour toute sa vie. Jamais il ne s’en tirera, à moins d’un mariage. Et on ne trouve pas si aisément à contracter.
Mais presque tous les officiers du 13e hussards sont riches, ou du moins ont quelque chose de chez eux. Quatre ou cinq ont plus de vingt mille livres de rente, deux viennent au quartier en tilbury quand ils sont de semaine.
Ils font donc peu ou point de dettes, et se soucient fort peu de l’état des fournisseurs qui leur a été laissé par les officiers qu’ils ont remplacés à Saint-Urbain.
Cet état est un document précieux que se transmettent les régiments lorsqu’ils changent de garnison. Tous les marchands de la ville y sont portés avec des notes détaillées à côté de leur nom.
Ce legs, essentiellement utile, devient pour les nouveaux venus un indispensable guide des étrangers, bien autrement renseigné que les livrets Joanne.
Voici un extrait textuel de celui qu’avaient reçu à leur arrivée les officiers du 13e.
VILLE DE SAINT-URBAIN
TABLE ALPHABÉTIQUE DES FOURNISSEURS